L'impôt technologique que nous payons tous — et la sortie que nous refusons de voir
- 29 mai
- 4 min de lecture
Une étude du Cigref vient de chiffrer ce que beaucoup de DSI ressentent depuis des années : la facture du logiciel et du cloud ne cesse de gonfler, sans rapport avec la valeur réellement livrée. Le diagnostic est posé. Le réflexe d’achat, lui, ne change pas.
Les chiffres de l’étude réalisée par le cabinet Asteres pour le Cigref méritent qu’on s’y arrête. Sur les trois dernières années, les dépenses cloud et logicielles des organisations européennes ont progressé de 8,7 % par an. Et la trajectoire s’accélère.
L’étude projette une inflation moyenne de 12 % par an sur 2026-2030, soit environ 140 milliards d’euros de surcoûts annuels pour les organisations du continent. La dépense globale passerait de 400 à plus de 700 milliards d’euros d’ici 2030.
Le plus frappant n’est pas le montant. C’est l’analyse qu’en font les auteurs : cette inflation traduit un changement de modèle économique. Hier, une entreprise investissait dans la technologie — développement interne, R&D, recrutement d’ingénieurs — pour se doter d’outils adaptés à ses besoins et se différencier.
Aujourd’hui, elle voit simplement les prix augmenter pour qu’une poignée de fournisseurs développent et mettent à disposition une infrastructure qu’elle ne maîtrise pas. Asteres le formule sans détour : cette logique s’apparente à celle de l’impôt.
Un impôt privé, prélevé sans vote, dont les mécanismes sont désormais bien identifiés. Le verrouillage technologique et contractuel — le vendor lock-in — arrive en tête, cité par 40 % des répondants. Suivent l’intégration de fonctions d’IA « by design » censées justifier les hausses (32 %), puis l’obsolescence programmée (30 %). Un détail révélateur : 21 % des DSI se sont vu imposer une option IA nativement intégrée, surcoût à la clé — alors même qu’un répondant sur deux peine encore à en mesurer le moindre gain de productivité.
Ce que l’open source change, concrètement
Face à ce constat, l’open source n’est pas un slogan militant. C’est une réponse structurelle à chacun des trois maux décrits par l’étude : l’imprévisibilité, l’opacité et la captivité.
• La transparence d’abord. Un logiciel open source, c’est un code source auditable. Pas de boîte noire, pas de fonction activée à votre insu, pas de mécanique cachée qui justifierait demain une nouvelle ligne sur la facture. Pour un éditeur de Managed File Transfer comme Waarp, dont les produits manipulent les flux les plus sensibles de l’entreprise, cette auditabilité n’est pas un confort : c’est une condition de confiance — et un atout direct face aux exigences de NIS2, DORA ou HDS.
• La prévisibilité ensuite. Le cœur de l’offre Waarp — Waarp Transfer et Waarp Gateway — est publié sous licence GPL v3. Personne ne peut vous imposer une hausse de tarif sur un logiciel que vous êtes libre d’exécuter, de modifier et de conserver. Le coût total de possession se pilote sur cinq ou dix ans, il ne se subit pas trimestre après trimestre.
• La compréhensibilité enfin. Avec l’open source, vous savez précisément ce que vous payez. Le revenu de l’éditeur ne provient pas d’une rente de licence captive, mais de la valeur qu’il apporte : support, expertise, accompagnement, maintenance. La conséquence est décisive : l’éditeur a intérêt à vous être utile, pas à vous rendre dépendant.
À cela s’ajoute une dimension que l’étude souligne en creux : sur les 400 milliards dépensés aujourd’hui, 330 milliards profitent à des entreprises américaines, soit 83 % du marché.
Choisir un éditeur européen comme Waarp, dont les solutions équipent déjà des organisations en France, en Italie, en Belgique, en Allemagne ou au Luxembourg, ce n’est pas seulement maîtriser sa facture. C’est garder la valeur — et l’emploi — sur le continent.
Le paradoxe : le bon diagnostic, le mauvais réflexe
Voici le point que l’étude n’aborde pas, et qui devrait pourtant tous nous interpeller.
Le diagnostic est largement partagé. Les DSI dénoncent le lock-in, s’agacent des fonctions IA imposées, redoutent l’inflation à venir. Et pourtant, l’open source reste l’angle mort de la culture d’achat des grands donneurs d’ordres.
Les raisons sont connues, rarement avouées. Il y a d’abord le vieux réflexe selon lequel « personne ne s’est jamais fait reprocher d’avoir acheté chez le leader du marché » — la dépendance comme assurance de carrière. Il y a ensuite des appels d’offres dont les critères, taillés pour les grands éditeurs, excluent de fait les acteurs européens et les modèles ouverts. Il y a enfin une confusion tenace entre gratuité et liberté : l’open source serait « gratuit donc sans support », « ouvert donc risqué ». C’est l’inverse. Le vrai risque, celui que l’étude chiffre à 140 milliards par an, c’est la captivité.
Nous payons collectivement un impôt que nous dénonçons, tout en refusant d’emprunter la porte de sortie que nous avons sous les yeux.
Sortir du cercle vicieux
L’étude elle-même indique la voie. Réallouer ne serait-ce que 15 points de cette dépense vers des acteurs européens représenterait 120 000 emplois sur le continent. Le potentiel est là, à portée de décision.
Pour les acheteurs publics et privés, sortir du cercle vicieux ne demande pas un acte de foi, mais quelques inflexions concrètes :
Intégrer le coût de sortie dans l’évaluation. Un appel d’offres devrait valoriser la réversibilité — la capacité à quitter une solution sans tout reconstruire — autant que les fonctionnalités du jour J.
Raisonner en TCO sur la durée, sur cinq à dix ans, hausses tarifaires comprises. C’est là que le modèle open source révèle son avantage.
Valoriser l’auditabilité comme critère de conformité et de sécurité à part entière, et non comme une simple ligne technique.
Donner sa chance aux éditeurs européens, en levant les critères d’éligibilité conçus pour les seuls géants.
L’open source n’est pas une utopie gratuite. C’est une discipline budgétaire, un choix de souveraineté et une garantie de maîtrise. Chez Waarp, c’est le principe qui guide nos produits depuis l’origine : un moteur ouvert, un code transparent, un coût prévisible, et un éditeur dont la valeur se mesure au service rendu — non à la dépendance entretenue.
Le diagnostic est posé. Il ne manque plus que le courage d’achat.
Source des données chiffrées : étude Asteres réalisée pour le Cigref (menée auprès de 54 décideurs IT d’organisations européennes), prolongeant une première étude d’avril 2025.




Commentaires